Mes impressions sur le FSM

By Rami
Tunis. Mars 2013. Nous sommes au forum social mondial où se déroule un rassemblement de gauchos socialo plus ou moins radicaux qui se posent encore et toujours la même question : Comment peut–on s’organiser tous ensemble ? Créer des réseaux ? Changer les choses ?
Pendant ce temps-là, vous êtes convié à des conférences où un homme (rarement une femme), de plus de 60 ans (sauf exceptions), s’installe et parle pendant 3heures pendant que vous êtes censé resté là, à l’écouter parler de choses qui vous semblent généralement secondaires ou que vous saviez déjà. Mais c’est l’occasion de faire des rencontres, approfondir une expérience, faire la fête ou simplement changer d’air.
Il y a cependant une exception dans ce forum « social » « mondial ». Un petit espace ouvert accueille un groupe appelé GlobalSquare, composé de personnes qui partagent un idéal commun qu’ils appellent « l’horizontalité ».  
Ils organisent des assemblées ouvertes où chacun peut s’exprimer et décider des sujets à aborder, ainsi que des workshops thématiques participatifs. Parmi les activistes présents, certains ont vécu les débuts du mouvement du 15Mai, qu’on appelle les indignés, et d’autres ceux d’Occupy Wall Street ou d’Occupy London. Mais le virus est partout : Grecs, néerlandais, tunisiens, brésiliens, chacun vient partager ses expériences horizontales, ses critiques, ses espoirs.
A mesure que le nombre de participants s’accroit, l’esprit qui les rassemblent change de nom au gré des envies : il passe de celui de démocratie directe à celui d’anarchie, voire de communisme pour les plus audacieux. Tout le monde veut se l’approprier ! Mais il appartient à tous et ‘horizontal’ semble faire consensus. A mesure que je discute avec les autres activistes, je redécouvre alors de la bouche de Shawn, l’un des actifs du mouvement d’Occupy Wall St, un mot indéfini que j’osais à peine prononcer : Les horizontalistes.
Bien que les participants du FSM soient pour la plupart satisfait de découvrir un lieu où ils peuvent s’exprimer avec tous, passant ainsi du rôle de spectateur à celui d’acteur,  une participante me fait une remarque intéressante à la suite de la première assemblée : « Dans les ateliers classiques, il n’y a aucune participation et aucun partage, on s’y ennuie, tandis qu’ici, il y a tellement de participation qu’on ne va pas discuter en profondeur de quoi que ce soit et qu’on n’arrive nulle part ».
Qu’à cela ne tienne ! Le lendemain, l’assemblée se répartit en sous-groupes où les discussions peuvent être plus approfondies et le surlendemain, on arrive sur du travail concret et une proposition d’action. On entend des discours émouvants, les cœurs s’expriment, on quitte l’enceinte du forum pour rejoindre la rue et organiser une assemblée directement avec les tunisiens. 
Ces expériences de dialogue et de partage sont précieuses et enrichissantes pour nous mais une frustration flotte dans l’air. Le lendemain reste incertain. Les discussions les plus intéressantes n’ont pas lieu à mes yeux dans les assemblées, mais plutôt entre les activistes des différents mouvements ‘horizontaux’ qui échangent sur ces mêmes questions que tous semblent partager. L’avenir ? S’organiser ? S’unir ?
Et puis, qu’en est-il de ce nouveau mot à la fois ancien et nouveau que personne n’ose définir, puisque ce ne serait pas ‘horizontal’ de définir l’horizontalité étant donné que tous doivent décider de ce qui concerne tout le monde ; et que chacun semble avoir sa propre vision de ce qu’est l’horizontalité et de ce qui la caractérise.
C’est pour moi l’objet d’une frustration hors norme. Il me semble que le temps est venu d’apporter à un large public une alternative à ce système qui soit concrète, pratique et viable. Un espoir que nous pourrions tous partager. Pour cela, encore faudrait-il nous mettre d’accord sur le concept d’horizontalité et dépasser des formes simplifiées d’organisations pour en arriver à la réponse que tout le monde attend.

Rami Brahem

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